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Les groupes de parole, est-ce vraiment une bonne idée ?

Ecrit par Plume

 

 

 

 

Les groupes de parole.

C’est quelque chose dont j’avais vraiment envie de parler, parce qu’ils recèlent un danger que l’on ne soupçonne pas quand on n’a jamais été en contact avec d’autres personnes dissociatives.

 

Oui, je parle bien de danger, et je n’exagère pas.

 

Il y a deux ou trois ans, j’ai rencontré quelqu’un ayant également un TDI sur internet. Une amie commune nous a présenté, on a bien discuté, c’était quelqu’un de très sympathique. Son système était plus dissocié que le nôtre et les basculements d’une personnalité à l’autre étaient très souvent totaux, avec amnésie et tout le bazar, mais tous étaient adorables. Ce gars – et son système –  a fini par être intégré dans le groupe d’amis IVL que l’on avait à l’époque.

Tout se passait très bien, jusqu’au jour où il a switché alors que l’on était plusieurs en conversation skype, avec la webcam.

C’était la première fois que je voyais quelqu’un switcher, mais j’ai tout de suite senti et tout de suite su ce qui se passait. Les autres dans la conversation n’avaient rien remarqué, et j’ai fait comme si de rien n’était, jusqu’à ce que sa langue fourche et qu’il finisse par avouer qu’il – enfin elle – n’était pas la personne avec qui on avait commencé la conversation.

Rien de terrible, me direz-vous ?

Sauf que si j’ai été en mesure de sentir qu’ils avaient switché, c’est parce que le léger changement dans son langage corporel m’a plongé en état dissociatif et j’ai dû lutter une bonne dizaine de minutes contre une co-présence totalement involontaire avec Daem – qui, de son côté, n’avait pas plus envie que ça de se retrouver au contrôle du corps.

 

Et ça, c’est l’effet que ça nous a fait alors que nous étions dans une situation détendue, seuls à la maison, où rien ne titillait notre hyper-vigilence.
Un effet qui m'a marqué, parce que la sensation était vraiment, vraiment très déplaisante et angoissante.

 

On a, depuis, rencontré des personnes multiples en vrai, dans des contextes qui ont fait que la co-présence ou le switch étaient faisables (vacances chez ces personnes, dont on était très proche), et j’ai vraiment été heureuse que l’on ait eu cette première expérience. Ça nous a permis de savoir à quoi nous attendre, d’être prêt, et de passer rapidement au-dessus. Désormais, on ne réagit quasiment plus quand quelqu’un se trouve en état dissociatif ou switch à côté de nous.

 

Mais ça n’a pas empêché que, un soir, ma co-présence avec Kal (induite à cause d’un jeu vidéo) ne déclenche celle d’une amie avec son propre protecteur, ainsi qu’un switch chez le troisième système présent.

Et on était que trois, on avait tous confiance les uns en les autres, et on se trouvait dans un lieu sécure.

 

J’ai lu des témoignages de systèmes qui s’étaient connu sur internet se rencontrant dans un lieu public, ou allant boire un coup les uns chez les autres, et finissant par se déclencher des switchs l’un l’autre tellement rapidement et de façon tellement incontrôlable qu’ils ont décidé de ne plus jamais se revoir ou de rencontrer volontairement un autre système.

Parce que même le système le plus stable peut avoir un moment de désorientation…

 

Et le problème, c'est qu'on ne peut pas s'empêcher d'y réagir, pas à moins de s'y exposer régulièrement. Quand on a une tendance à la dissociation et à l'hyper-vigilence, notre cerveau est toujours prêt à repérer le moindre signe de danger. Or, quand on voit quelqu'un dissocier ou switcher, la seule chose qu'un cerveau sous hyper-vigilence est capable de se dire c'est :

« il dissocie, il a perçu un danger, je ferais mieux de faire pareil ».
S'y exposer régulièrement peut permettre au cerveau de comprendre que ce n'est pas parce que quelqu'un d'autre dissocie qu'il y a un danger, mais on passe quand même par de sacré moments désagréables...

 

Alors ça me fait sérieusement me demander ce que ça donnerait, de regrouper plusieurs systèmes qui ne se connaissent pas dans la même pièce. Si tous arrivent à ne pas entrer en état dissociatif, ne pas switcher, ne pas entrer en co-présence, ça pourrait bien se passer. Mais il suffirait d’un seul système instable pour menacer le déroulement de toute la séance…

 

Les groupes de parole sont une source de soutien inestimable, certes.

Mais, dans le cas du TDI et de la dissociation, il faut vraiment faire attention.

 



24/02/2019
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